Coopération transnationale LEADER : bien plus que la simple somme de ses parties
Les projets de coopération transnationale LEADER permettent de renforcer les atouts du programme LEADER, en aidant les GAL à trouver des solutions communes à des défis partagés. Trois « champions de la coopération » partagent leur expérience.
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La coopération transnationale (CTN) encourage et soutient les Groupes d’Action Locale (GAL) à mener des actions communes, en collaboration avec des partenaires d'une autre région, d'un autre État membre ou même d'un pays hors de l'UE. La CTN renforce les efforts des acteurs locaux pour développer le potentiel de leur territoire, tout en favorisant une ouverture d'esprit chez les partenaires.
Lancée dans le cadre de LEADER II (1994-1999), la CTN fait désormais partie intégrante du budget global consacré à la mise en œuvre des stratégies de développement local (SDL). Ce dispositif a été conçu pour garantir que les GAL aient les moyens de coopérer (ce qui peut aussi se faire via d’autres fonds européens, comme Interreg).
En quoi un projet de CTN est-il plus que la simple somme de ses parties ? Qu’est-ce que les GAL parviennent à réaliser grâce à la coopération qu’ils ne pourraient pas faire s’ils travaillaient seuls ? Trois « champions de la coopération » partagent leurs expériences et leurs réflexions.
Renforcer les territoires locaux, ensemble
Les projets LEADER transforment le potentiel local d’un territoire en un développement structuré et à long terme. La CTN va encore plus loin, en permettant aux partenaires de différents États membres d’adopter une approche similaire et coordonnée, fondée sur des valeurs communes. Les territoires s’en trouvent renforcés, tant individuellement que collectivement.
Krista Antila, responsable des affaires internationales au GAL Active North Satakunta en Finlande, est bien placée pour en parler. Elle participe au projet de CTN 5StarNature depuis ses débuts en 2018, lorsque six GAL de Finlande, d’Estonie, d’Italie et d’Espagne ont décidé d’investir dans le potentiel unique des zones rurales européennes en tant que destinations de qualité pour un tourisme nature durable.
Le projet, qui a remporté un prix LEADER de la coopération en 2024, en est désormais à sa troisième édition et rassemble neuf GAL de cinq pays (l’Autriche vient de rejoindre le projet). Les partenaires de 5StarNature ont développé des circuits touristiques, des forfaits, de nouveaux services et des infrastructures en s’appuyant sur les mêmes valeurs, mais en les adaptant à leurs contextes spécifiques, ce qui a généré de nouvelles sources de revenus pour les entreprises locales et encouragé l’entreprenariat rural.
Pour Krista, la CTN a favorisé l’apprentissage mutuel et l’amélioration collective. Les GAL ont pu mieux cerner le potentiel des territoires des autres partenaires « de l’extérieur », ce qui leur a offert une perspective nouvelle et inestimable et leur a permis de s’entraider pour identifier de nouvelles opportunités et solutions. « Parfois, c’est super utile de sortir de son cadre habituel et de voir sa situation sous un autre angle : ça aide à identifier, innover et développer de nouvelles choses », a-t-elle déclaré. La coopération a également allégé la mise en œuvre du projet :
Travailler en partenariat permet d’aller plus loin avec un financement relativement modeste et de se répartir la charge de travail. La mise en œuvre du projet est moins lourde grâce à un bon partenariat : par exemple, les formations dispensées par des experts peuvent être partagées et les événements peuvent toucher davantage de parties prenantes lorsqu’ils sont organisés conjointement. On atteint aussi une meilleure efficience
Faire revivre une histoire commune par-delà les frontières
Quand un projet s’enracine dans l’identité locale d’un territoire, la coopération transfrontalière peut sembler plus « naturelle » que la frontière elle-même.
Boergondische Buren est né d’une histoire culturelle commune : celle d’« être bourguignon et agriculteur », de part et d’autre de la frontière néerlando-flamande. Ce projet de CTN (à nouveau récompensé lors de l’événement LEADER en 2024) a été mené par le Groupement européen de coopération territoriale (GECT) Linieland van Waas en Hulst et répondait aussi à une forte demande locale de la part d’agriculteurs, de producteurs et d’entrepreneurs, intéressés par les avantages concrets de la coopération transfrontalière.
Pour la coordinatrice du projet, Careen Verwilligen, et le directeur du GECT, Vincent De Keer, « Boergondische Buren » visait à répondre à un besoin simple mais fort : rassembler les gens, les produits et les histoires par-delà la frontière, et transformer ce patrimoine commun en nouvelles opportunités pour la région.
Le projet a investi dans des activités durables au-delà de la période de financement (2019-2023) : une base de données des exploitations agricoles et des produits régionaux, des activités de networking entre les producteurs locaux et avec l’offre touristique locale, ainsi qu’un guide destiné aux agriculteurs pour s’y retrouver dans les différentes règles applicables à la commercialisation et à la vente de part et d’autre de la frontière (ce qui, espérait-on, pourrait aussi encourager les institutions concernées à harmoniser ces règles). Il a également permis la construction du « Niemandsland Viewpoint », une tour d’observation qui rappelle aux visiteurs et aux habitants l’histoire commune des « voisins bourguignons » et oriente les visiteurs vers les entrepreneurs agricoles.
Dans des régions frontalières comme la nôtre, LEADER peut aussi être un outil précieux pour la cohésion territoriale, car il permet aux acteurs locaux des deux côtés de la frontière de travailler ensemble sur des défis et des opportunités communs. La valeur ajoutée de la CTN pour « Boergondische Buren » a été de contribuer à relier les réseaux, à réaliser l’échange de connaissances et à promouvoir les produits locaux et le tourisme dans une même région rurale partagée. En ce sens, l’approche transfrontalière reflète tout simplement la façon dont on vit et organise notre territoire.
Le projet a suscité un fort sentiment d’appropriation et d’engagement de la part des parties prenantes locales, ce qui a grandement facilité la coopération et « contribué à estomper un peu plus la frontière dans la pratique ». Le projet est également devenu un incubateur de nouvelles initiatives et a même donné naissance à de nouvelles activités touristiques dans la région.
Construire le droit de rester
Si LEADER propose des solutions locales à des défis mondiaux, avec la CTN, ces solutions sont partagées entre les partenaires – et déployées à plus grande échelle.
Un défi commun à de nombreuses zones rurales est la dépopulation, en particulier chez les jeunes. Leur implication dans l’élaboration des politiques locales est un domaine clé à améliorer : si les points de vue des jeunes sont clairement communiqués aux décideurs, les politiques locales (et, à terme, les zones rurales) peuvent mieux répondre à leurs besoins spécifiques. Mais la grande question est : comment y parvenir ?
Ju&Me a apporté une réponse claire. Lancé en 2019 en tant que projet LEADER dans deux régions LEADER allemandes, le projet a adopté une « approche de mentorat inversé » où de jeunes participants (mentors) et des décideurs adultes (mentorés) travaillent ensemble sur des thèmes spécifiques pendant plusieurs mois. Du « youth proofing » en pratique.
Matthias Wagner, responsable du GAL Leipziger Muldenland, était aux commandes. L’implication des jeunes est un thème clé de la stratégie de développement local de son GAL ; il était donc naturel de développer un projet qui garantirait que « les processus décisionnels soient mieux adaptés aux besoins des jeunes ».
Ju&Me est devenu une source d’inspiration pour d’autres régions LEADER allemandes ainsi que pour des GAL d’autres pays, et cet intérêt s’est concrétisé par Ju&Me Europe, un projet de CTN mené par le GAL allemand Leipziger Muldenland et impliquant des GAL d’Allemagne, de Finlande, de Pologne, du Luxembourg et de France. La dimension transnationale du projet met l’accent sur l’échange d’expériences et l’échange de connaissances entre les partenaires, qui peuvent ainsi découvrir les besoins des jeunes et les possibilités de participation des jeunes dans d’autres régions, et élargir leur champ d’action et leurs collaborations avec les associations de jeunesse, les communes et d’autres parties prenantes.
Un super parcours, avec quelques rebondissements
La coopération transnationale prend de nombreuses formes – à petite ou grande échelle, entre pays voisins ou sur des distances géographiques plus importantes – et comporte quelques ingrédients communs pour réussir : un lien étroit avec les stratégies des GAL, le choix d’actions concrètes et communes autour d’un thème spécifique, et une bonne planification. Choisir les bons partenaires et entretenir les relations est tout aussi important.
Vincent partage cette idée : Boergondische Buren « a beaucoup bénéficié de partenaires motivés des deux côtés de la frontière qui croyaient vraiment en ce projet ». Krista souligne la joie que procure la coopération : « Les partenaires du projet se connaissent bien, ce qui facilite le travail. L’ambiance lors des réunions est très conviviale, et tout le monde est de bonne humeur ! »
Après tout, les humains sont faits pour travailler ensemble.
Certains problèmes bureaucratiques peuvent toutefois rendre le parcours d’un projet de CTN un peu semé d’embûches – avant tout à cause des règles et critères différents qui s’appliquent d’un État membre à l’autre (voire d’une région à l’autre au sein d’un même pays).
Les GAL qui s’engagent dans un projet de CTN doivent composer avec des calendriers, des demandes de financement et des processus d’approbation différents selon les pays partenaires ; les dossiers de projet doivent être réécrits pour répondre aux exigences spécifiques au niveau de chaque État membre et les partenaires du projet doivent établir leurs propres rapports financiers à l’intention de leur GAL respectif. Dans le cas de Boergondische Buren, ça s’est traduit par une double reddition des comptes, car le GECT devait s’assurer que chaque étape administrative et financière (des demandes au rapport final) respecte les règles des deux côtés de la frontière belgo-néerlandaise.
« Même si la valeur ajoutée de la coopération est évidente, il y a actuellement relativement peu d’incitations à développer ce genre de projets », explique Vincent, qui souligne que dans leur cas, le taux de subvention pour les projets de CTN est passé de 90 % lors de la période de programmation précédente à 60-65 % aujourd’hui, alors que la double administration persiste. Bien que cette baisse ne décourage pas forcément les GAL de concevoir des projets de CTN, un cadre plus favorable à la coopération serait le bienvenu.
Le Réseau européen de la PAC propose plusieurs outils pour vous accompagner dans votre parcours de CTN – tous regroupés sur une page dédiée et accessibles via les liens au bas de cette page – qui, on l’espère, rendront ce parcours moins semé d’embûches et plus gratifiant. On espère que cela vous aidera à profiter pleinement de la puissance de la coopération LEADER, comme le dit Krista : « plus on apprend à se connaître et à collaborer les uns avec les autres en Europe, plus on est unis dans notre diversité ».