News | 18 Mar 2026

Témoignages de jeunes sur le terrain – Conor, éleveur laitier

Les jeunes agriculteurs et les nouveaux venus dans les secteurs agricole et sylvicole de l'UE apportent un regard neuf, des compétences actualisées et une forte volonté d'adopter une approche créative et innovante des pratiques traditionnelles. Avec un soutien adapté, la prochaine génération a le potentiel de bâtir un avenir agricole durable, moderne et résilient.

Conor Wynne

© Conor Wynne

Conor Wynne est un jeune éleveur laitier originaire d’Irlande. Il gère un troupeau dont les vaches vêlent au printemps, dans une exploitation louée du comté de Kildare. Fidèle à sa devise « la qualité avant la quantité », Conor met l’accent sur une bonne croissance de l’herbe, la sélection génétique et un lait de haute qualité. Son objectif principal est d’avoir des vaches en bonne santé qui donnent de bons résultats dans un système d’élevage à base d’herbe, sans nécessiter trop d’aliments complémentaires. Nous avons demandé à Conor comment il s’était lancé dans l’agriculture, comment il envisageait l’avenir, quelles étaient selon lui les meilleures opportunités pour les jeunes agriculteurs et les nouveaux arrivants, et ce qui l’inspirait.

Les débuts à la ferme

Conor : « Je ne viens pas directement d’un milieu agricole, même si mon grand-père était agriculteur. Sa ferme a été vendue faute de successeur. Mais dès mon plus jeune âge, j’avais du « grá » – « amour » en irlandais – pour tout ce qui touche à l’agriculture. Après avoir quitté l’école à 16 ans, j’ai commencé à travailler dans des exploitations laitières, de grandes cultures et d’élevage, acquérant ainsi mes connaissances et mes compétences. En 2020, j’ai décidé d’obtenir mon « Green Cert » – mes certifications agricoles – au Kildalton Agricultural College, en me spécialisant dans la gestion des troupeaux laitiers. J’ai ensuite obtenu mon diplôme professionnel en gestion d’exploitation laitière au Teagasc Animal and Grassland Research and Innovation Centre, à Moorepark, où, par miracle, j’ai été diplômé en tant qu’étudiant de l’année en 2024.

J’avais commencé à assurer des quarts de traite et à aider dans une exploitation laitière locale après avoir quitté l’école, et j’ai continué tout au long de mes études supérieures. Lorsque cet agriculteur a décidé de réduire son activité, sans successeur, j’y ai vu une opportunité. Je l'ai contacté et nous avons convenu que je commencerais à louer la ferme en janvier 2025, à l’âge de 22 ans. Le terrain, les vaches, la salle de traite, les étables et les machines sont tous inclus dans le bail, qui n’est que de sept ans. La raison pour laquelle nous commençons par une période aussi courte est pour éviter d’être lié par un bail de 20 ans s’il s’avère, dans quatre ou cinq ans, que cela ne me convient pas. Nous ferons le point au bout de deux ans.

Avant de commencer le bail, j’ai dû fournir beaucoup d’efforts pour jongler entre mes études, mes petits boulots et ma vie en général, tout en devant appeler des conseillers, des banques, des notaires, etc. Mais dans l’ensemble, les choses se sont relativement bien passées, même si j’apprends encore chaque jour. J’ai une bonne relation avec le propriétaire de la ferme. Le fait d’avoir travaillé ensemble pendant plusieurs années auparavant a facilité l’ensemble du processus. L’objectif final est d’acheter mes propres terres. Je pense que c'est ainsi que je vais pouvoir y parvenir. »

Selon vous, quels sont les plus grands défis auxquels sont confrontés les jeunes agriculteurs ?

Conor : « Les deux plus grands défis auxquels j'ai été confronté jusqu'à présent sont l'accès au crédit et au soutien des banques, ainsi que l'accès à des terres pour développer mon entreprise et la rendre durable et pérenne. Pour quelqu'un dans ma situation, le renforcement de la réglementation et le manque de main-d'œuvre dans les exploitations agricoles constituent également des défis majeurs. Prenez l’exemple de la dérogation sur les nitrates en Irlande. S’il est très important de garantir la qualité de l’eau, nous travaillons désormais sous une pression croissante pour mettre en place des mesures supplémentaires à la ferme. Celles-ci ont un coût significatif, même avec des subventions. Il y a beaucoup d’incertitudes devant nous, ce qui nous oblige à faire des investissements à long terme sans aucune garantie, si les conditions changent. »

Le rapprochement entre [les agriculteurs vieillissants] et [les jeunes] doit passer par des partenariats ou des baux fondés sur la confiance et une vision commune. La confiance ne s’acquiert pas du jour au lendemain. Il faut laisser le temps à l’agriculteur ou au propriétaire foncier de nouer une relation et de gagner leur confiance. Conor Wynne

Quelle est la meilleure opportunité ou solution face à ces défis ?

Conor : « Dans ce pays, la population des éleveurs laitiers vieillit, et beaucoup d’entre eux n’ont pas de successeur. Parallèlement, nous avons également un nombre croissant de jeunes motivés et ambitieux, qui ne sont peut-être pas issus du milieu agricole ou qui cherchent à se lancer dans des partenariats ou des baux pour entrer dans le secteur laitier. Le rapprochement entre ces deux groupes doit passer par des partenariats ou des baux fondés sur la confiance et une vision commune. Si les deux parties ont des visions complètement différentes de l’entreprise, cela ne fonctionnera jamais. La confiance ne s’acquiert pas du jour au lendemain ; cela peut prendre des années, et c’est là que certaines personnes peuvent rencontrer des difficultés. Il faut laisser le temps à l’agriculteur ou au propriétaire foncier de nouer une relation et de gagner leur confiance. »

Les deux plus grands défis auxquels j’ai été confronté jusqu’à présent sont l’accès au crédit et au soutien des banques, ainsi que l’accès à des terres pour développer davantage mon entreprise et la rendre durable et pérenne. Connor Wynne
Farmer feeding cattle in the field

Quelle personne ou organisation vous a inspiré dans votre travail ?

Conor : « En grandissant, mon grand-père me racontait des histoires inspirantes sur le passé et sur la façon dont on travaillait autrefois à la ferme. Ensuite, les agriculteurs locaux, qui m’ont pris sous leur aile dès mon plus jeune âge lorsqu’ils ont vu que je m’intéressais à l’agriculture, et qui ne m’ont pas traité différemment parce que je ne venais pas d’une ferme. Enfin, et surtout, ma plus grande influence a été ma mère. Elle a nourri mon amour pour l’agriculture dès mon plus jeune âge, en me laissant courir après les tracteurs, en m’emmenant me promener dans les champs ou aller voir le nouveau lot de bétail que quelqu’un avait ramené du marché. Elle n’a jamais laissé personne se mettre en travers de ce qui m’intéressait et m’a encouragé à faire ce que je voulais. »

Quel est l’aspect de votre travail que vous préférez ?

Conor : « Je pense que ce que je préfère dans mon métier, c’est de travailler avec les animaux et au rythme des saisons. Même si ces deux aspects peuvent parfois vous donner envie de vous arracher les cheveux de frustration, il y a bien plus de bons jours que de mauvais. »

Avez-vous des conseils à donner à d’autres jeunes agriculteurs ou à ceux qui se lancent dans ce métier ?

Conor : « Je ne suis pas sûr d’être déjà en mesure de donner des conseils aux jeunes. J’aurais probablement besoin de quelques années d’expérience supplémentaires moi-même. Cependant, d’après ce que j’ai appris et vu jusqu’à présent au cours de mon propre parcours, si l’agriculture est ce que vous voulez faire et que vous ne venez pas d’un milieu agricole, vous devrez travailler dur, sans excuses. Il faudra peut-être un certain temps avant même que vous ne perceviez la moindre opportunité. Il est également important d'avoir la même approche pour chaque personne. On ne sait jamais quelle opportunité la personne que vous rencontrez pourrait vous apporter dans les années à venir. »

Il est important d'avoir la même approche pour chaque personne. On ne sait jamais quelle opportunité la personne que vous rencontrez pourrait vous apporter dans les années à venir. Connor Wynne

Le point de vue de Conor a été présenté dans le 12ème numéro du magazine Agrinnovation, qui met l'accent sur le renouvellement des générations.

  • Lisez l’article dans Agrinnovation.
  • Qu’ont dit d’autres intervenants sur le renouvellement des générations ? Découvrez les points de vue de Marion Picot, du CEJA, et de Neus, conseillère espagnole, sur le site web du Réseau européen de la PAC.