News | 18 Mar 2026

La parole aux jeunes sur le terrain – Neus, conseillère

Les jeunes agriculteurs et les nouveaux venus dans les secteurs agricole et forestier de l'UE apportent un regard neuf, des compétences actualisées et une forte volonté d'adopter une approche créative et innovante des pratiques traditionnelles. Avec un soutien adapté, la prochaine génération a le potentiel de bâtir un avenir agricole durable, moderne et résilient.

Neus Monllor

© Sandra García Rey – TAKO.coop

Neus Monllor est la fondatrice d’Amaterra, une société de conseil agro-social basée à Bilbao, en Espagne. Nous nous sommes entretenus avec elle pour savoir comment son entreprise soutient le renouvellement des générations, quelles sont selon elle les meilleures opportunités pour les jeunes agriculteurs et les nouveaux arrivants, ce qui l’inspire, et si elle a des conseils à donner.

À propos d’Amaterra   

Amaterra conseille les administrations publiques sur les mesures susceptibles de favoriser le renouvellement des générations et de soutenir les jeunes agriculteurs et les nouveaux arrivants. Son objectif principal est de contribuer à créer les conditions propices pour que l'agriculture soit socialement durable, respectueuse de l'environnement et ancrée dans les communautés locales.

Neus Monllor : « Nous accompagnons principalement les administrations publiques, car les services de conseil, les fermes incubatrices et les modèles de transition qui favorisent le renouvellement des générations ne fonctionnent que lorsqu'ils s'inscrivent dans des cadres à long terme qui reconnaissent l'agriculture comme un bien social, et pas seulement comme une activité économique. »

Comment votre organisation soutient-elle les jeunes agriculteurs et stimule-t-elle le renouvellement des générations ?

Neus : « Nous sommes très attentifs aux besoins et aux attentes des agriculteurs, car aujourd’hui, le secteur est marqué par un mélange d’espoir et d’épuisement. Il est essentiel de rester proche des expériences réelles. L'un des principaux outils que nous soutenons est celui des incubateurs d'exploitations agricoles. Avec Amaterra, nous avons, par exemple, activement soutenu le groupe opérationnel du PEI-AGRI RETA, qui est devenu un réseau national clé d'incubateurs d'exploitations agricoles qui soutient les nouveaux arrivants et le renouvellement des exploitations avec un impact notable. RETA a été créé à l'origine par plusieurs organisations espagnoles, qui se sont inspirées de l'initiative française RENETA. »

Selon vous, quel est le plus grand défi auquel sont confrontés les jeunes agriculteurs, les nouveaux arrivants et ceux qui partent à la retraite ?

Neus : « Au-delà des obstacles bien connus tels que l’accès à la terre, au capital, au logement, aux connaissances et aux réseaux, le plus grand défi aujourd’hui est l’espoir. Les gens doivent croire que l’agriculture peut offrir un avenir enrichissant et viable, mais le secteur reste encore accablé par la stigmatisation et l’incertitude.

De nombreux nouveaux agriculteurs ne suivent pas les voies traditionnelles de succession familiale. Leurs projets s’articulent souvent autour des ménages, de stratégies de revenus mixtes et de réseaux sociaux solides. Ces trajectoires diverses sont encore mal reconnues par les politiques et les systèmes de soutien existants.

Pour les agriculteurs qui partent à la retraite, le défi consiste souvent à trouver un successeur de confiance et à lâcher prise sur le projet de toute une vie. Cette transition n’est pas seulement technique ou économique, mais aussi émotionnelle. Elle nécessite souvent un processus de deuil, afin de faire place à une nouvelle énergie et à de nouvelles façons de cultiver. »

Quelle est la meilleure opportunité ou solution pour relever ces défis ?

Neus : « L’une des opportunités les plus prometteuses réside dans des programmes de mentorat bien soutenus, la transmission progressive des exploitations, la coopération entre les générations et des services de conseil qui accompagnent les agriculteurs au fil du temps. Le renouvellement des générations fonctionne mieux lorsqu’il est compris non seulement comme une question économique, mais aussi comme un processus social, écologique et relationnel.

Dans ces modèles de transition, les femmes jouent un rôle fondamental. Elles sont souvent à l’avant-garde de l’innovation, de la coopération et des approches axées sur le care, assurant la cohésion entre la production, la vie communautaire et les réseaux sociaux. Reconnaître le rôle des femmes est essentiel pour construire des systèmes agricoles collectifs, régénératifs et diversifiés.

Nous aurons de plus en plus besoin d’aliments sains produits près de chez nous, plaçant les systèmes agricoles locaux, biologiques et diversifiés au cœur de notre avenir alimentaire. Dans ce contexte, il ne s’agit pas simplement de successeurs ou de nouveaux arrivants, mais de l’émergence d’une nouvelle génération d’agriculteurs diversifiée, animée par des valeurs et profondément connectée à ses communautés locales. »

L’une des opportunités les plus prometteuses réside dans des programmes de mentorat bien soutenus, la transmission progressive des exploitations, la coopération entre les générations et des services de conseil qui accompagnent les agriculteurs au fil du temps. Le renouvellement des générations fonctionne mieux lorsqu’il est compris non seulement comme une question économique, mais aussi comme un processus social, écologique et relationnel. Neus Monllor

« Une autre opportunité majeure réside dans la mise en place de projets collectifs, dans lesquels certaines parties des processus de production, de transformation, de commercialisation ou de communication peuvent être partagées. La création d’espaces communautaires au sein des exploitations agricoles peut réduire l’isolement et renforcer la résilience. Le défi réside dans le fait que nous apprenons encore à travailler ensemble. Construire une communauté est une compétence. Nous devons d’abord apprendre à prendre soin de nous-mêmes, puis à prendre soin des autres. Cet apprentissage collectif sera essentiel pour l’avenir de l’agriculture.

Pour ces raisons et d’autres encore, les modèles agricoles collectifs, régénératifs et diversifiés doivent être activement soutenus, afin de créer des conditions stables permettant aux gens de mettre en place des projets à long terme dans les zones rurales. »

Pouvez-vous mettre en avant une initiative ou une organisation inspirante et innovante qui aide les jeunes agriculteurs, les nouveaux arrivants ou ceux qui partent à la retraite dans l’UE ?

Neus : « Il existe de nombreuses initiatives inspirantes à travers l’Europe qui travaillent sur la mise en relation entre terres et agriculteurs, la succession agricole et le soutien aux nouveaux arrivants. Je suis particulièrement inspirée par les initiatives locales et régionales qui combinent conseil technique et soutien social, ainsi que par les réseaux qui favorisent l’apprentissage entre pairs parmi les agriculteurs.

Je voudrais mettre en avant « Talaia Pagesa », un projet en Catalogne qui se concentre sur le bien-être émotionnel des personnes travaillant dans l’agriculture. Il crée des espaces sûrs où les agriculteurs peuvent exprimer leurs craintes, leurs besoins et leurs espoirs, en partant du principe qu’un secteur qui a un avenir doit prendre soin des personnes qui le composent. Si nous voulons un véritable renouveau, nous avons besoin d’innovation sociale et technique, mais aussi d’innovation émotionnelle.

Une autre initiative que je trouve très prometteuse est le programme « Catifa Vermella » (Tapis rouge), lancé par le département de l’Agriculture du gouvernement catalan au début de l’année 2026. Il vise à faciliter le renouvellement des générations en aidant les nouveaux agriculteurs à intégrer le secteur et à s’y retrouver dans les démarches administratives. Ce que je trouve particulièrement intéressant, c’est sa forte dimension d’innovation sociale, qui reconnaît que pour attirer de nouveaux agriculteurs, il faut créer des parcours plus accueillants et plus accessibles vers l’agriculture. »

Il existe de nombreuses initiatives inspirantes à travers l’Europe qui travaillent sur la mise en relation entre terres et agriculteurs, la succession agricole et le soutien aux nouveaux arrivants. Je suis particulièrement inspirée par les initiatives locales et régionales qui combinent conseils techniques et soutien social, ainsi que par les réseaux qui favorisent l’apprentissage entre pairs parmi les agriculteurs. Neus Monllor

Avez-vous des conseils à donner aux jeunes agriculteurs et aux nouveaux arrivants ?

Neus : « Avancez étape par étape. Aujourd’hui, les agriculteurs doivent jongler entre la production, la transformation, la commercialisation et le networking, ce qui rend leur quotidien complexe et exigeant. Il est essentiel d’y aller doucement et de trouver un équilibre entre les dimensions sociales, économiques et environnementales. Et surtout, n’essayez pas de tout faire seul. Demandez conseil, construisez des réseaux et sollicitez de l’aide dès le début. L’agriculture exige des compétences techniques, mais aussi de solides liens sociaux et de la résilience. Prenez le temps de construire un projet qui corresponde à vos valeurs et à votre vie, et pas seulement au marché. »

Le point de vue de Neus a été présenté dans le 12ème numéro du magazine Agrinnovation, qui met l'accent sur le renouvellement des générations.